Par Gourmo Abdoul Lô – 14 juin 2026

Ouvrir aujourd’hui un débat sur la révision du nombre ou de la durée du mandat présidentiel constitue une faute politique majeure. Rien, sous la présidence actuelle, ne justifie de fragiliser ainsi les équilibres institutionnels du pays ni de rouvrir artificiellement une question que le constituant a précisément soustraite à toute révision.

Ceux qui cherchent à forcer cette porte le font soit par calcul politique, soit par méconnaissance de notre droit constitutionnel. Dans les deux cas, ils desservent la politique, affaiblissent la démocratie et manquent de respect au Président de la République lui-même. En l’invitant implicitement à violer le serment prévu par l’article 29 de la Constitution, ils l’appellent à renier l’engagement solennel qu’il a pris devant la nation. Ils manquent également de respect à l’Assemblée nationale, à laquelle l’article 99 interdit expressément d’examiner tout projet ou toute proposition de révision portant notamment sur le nombre et la durée du mandat présidentiel.

Ces dispositions ne sont pas de simples règles techniques susceptibles d’être modifiées au gré des circonstances ou des rapports de force politiques. Elles sont impératives. Elles appartiennent au noyau intangible de notre Constitution. Le constituant les a placées sous une protection particulière précisément pour empêcher qu’un homme, un parti ou une majorité du moment ne puisse s’arroger le droit de réécrire à son profit les règles du jeu démocratique.

Il faut donc appeler les choses par leur nom. L’incitation publique à violer ces interdictions constitutionnelles n’est pas une simple opinion politique. Lorsqu’elle vise à pousser le Président de la République et les députés à accomplir un acte que la Constitution leur interdit formellement, elle devient une incitation à la rupture de l’ordre constitutionnel. Notre droit rattache un tel comportement à la notion de haute trahison. Ceux qui l’encouragent comme ceux qui l’exécuteraient s’exposeraient, tôt ou tard, aux conséquences juridiques qui en découlent.

Le débat constitutionnel est légitime dans une démocratie. Mais il existe des limites que le peuple souverain a lui-même fixées dans la Constitution. Demander aux institutions de passer outre l’article 99 revient à demander au Président de la République et aux députés de substituer leur volonté à celle du peuple. Ce n’est pas une réforme constitutionnelle. C’est, par nature, une rupture de l’ordre constitutionnel et une atteinte directe à la souveraineté nationale.

J’ai de la considération pour le Président de la République en exercice. Je ne doute ni de son attachement aux principes républicains ni de son sens de l’État. C’est précisément pour cette raison que je suis convaincu que le véritable débat est ailleurs. Agiter aujourd’hui la question du mandat présidentiel revient à brandir un chiffon rouge devant l’opposition, à alimenter des tensions inutiles et à détourner le pays des défis économiques, sociaux et institutionnels qui appellent des réponses urgentes.

La Mauritanie a besoin de stabilité, de dialogue et de réformes utiles. Elle n’a nul besoin d’une controverse artificielle construite autour d’une disposition constitutionnelle que le constituant a expressément déclarée intangible.

Gourmo Abdoul Lô
14 juin 2026

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